Pourquoi une loi contre la fessée ?
Pourquoi j’ai déposé une proposition de loi pour abolir les châtiments corporels :
Députée à l’Assemblée Nationale, je suis surtout une pédiatre qui tient à vouer mon mandat à la protection des enfants.
Nous avons fêté en novembre les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Le Conseil de l’Europe demande à la France d’inscrire dans sa loi l’abolition des châtiments corporels, comme l’ont fait la Suède, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne... 18 pays européens.J’ai donc déposé ma proposition de loi, et le débat s’est ouvert avec passion. Voici les principaux arguments auxquels il faut répondre : Comment ! Une loi contre la fessée ! Mais alors, où serait l’autorité des parents ?
La main levée ne donne pas d’autorité. Au contraire, l’enfant vous dit bientôt : « même pas mal ! » et apprend à s’endurcir.
Bon, d’accord pour abolir les gifles, les claques ou pire, le martinet… mais il faut sortir la fessée de la loi. « Une fessée n’a jamais tué personne »…
La sacro sainte fessée, qu’est ce que c’est, en fait ? Attaquer un enfant par derrière, sur son derrière, la partie de son anatomie chargée d’émotions archaïques, par laquelle vous lui avez demandé d’être propre.
Vous me répondez : « Mais ! Docteur ! Juste sur la couche... » Vous donnez des fessées à des bébés ?
« Tout de même, une petite tape sur la main, quand il touche à tout… »
Faites-le et vous voyez l’enfant vous regarder droit dans les yeux et recommencer. Vous lui apprenez à vous braver.
Chacun évoque sa fessée donnée ou sa fessée reçue… C’est le souvenir de l’enfance, la Madeleine de Proust.
« mais, Docteur… pas souvent ». Sauf que vous lui dites : « Attention, tu vas t’en prendre une… ».
Cette menace permanente apprend à votre enfant que les adultes ne sont pas logiques : un jour « ça tombe » parce que vous êtes énervé, un autre, pour la même « bêtise », ça passe… Il ne sait souvent même plus de quelle « bêtise » il s’agit et retient seulement qu’il est un mauvais enfant qui vous déçoit.
Toutes les études le montrent, les châtiments corporels, gifles, claques, tapes, coups de ceintures… et fessées ! rendent les enfants sournois, menteurs, agressifs, entament leur confiance en soi et favorisent l’échec scolaire.
Voilà pourquoi la Suède, en premier, a aboli les châtiments corporels – 70 % des Suédois étaient contre l’abolition il y a 30 ans, 90 % trouvent aujourd’hui que ce fut une très bonne chose. La maltraitance a diminué en Suède quand elle augmente chaque année en France, et les petits Suédois réussissent mieux à l’école. Ils ne sont pas plus mal élevés que les enfants français.
Ma loi propose « l’abolition » des châtiments corporels, à inscrire dans le code civil, pas dans le code pénal. Elle ne les assortit pas de sanctions, mais s’accompagne d’une aide pour les parents. C’est un engagement de la société pour une éducation dans le respect de l’enfant ; pour lui apprendre dès ses premières années que l’on ne résout pas les conflits par la violence.
C’est pourquoi, l’abolition des châtiments corporels s’inscrira dans la loi, comme le demande instamment le Conseil de l’Europe.
Ma proposition est déposée à l’Assemblée Nationale. Elle est soutenue par d’autres députés que je remercie. Nous allons maintenant revenir vers le Conseil de l’Europe.
Par Edwige Antier,
Pédiatre, auteur de "Elever mon enfant aujourd'hui"


Une loi sur la fessée, c'est la criminaliser
La proposition choc d'Edwige Antier, célèbre pédiatre et député UMP, d'interdire la fessée par une loi a été dénoncée par Xavier Bertrand, le patron de l'UMP, et suscite la perplexité des communautés médicales et intellectuelles. Une initiative qui en dit long sur les tendances de notre société. Nous en parlons avec François-Xavier Vial, Professeur agrégé en Sciences Sociales.
Que pensez-vous de l'idée d'Edwige Antier ?Je ne suis pas du tout d'accord avec cette idée. D'un point de vue purement légal, le droit de la famille ressort du Code Civil, il sert à faire en sorte que les intérêts des individus ne soient pas lésés dans un cadre familial.
Le droit civil s'occupe de réparer les fautes, détermine les responsabilités civiles et assure la protection des intérêts des personnes. Au contraire, le droit pénal s'applique de la même façon, que ce soit dans la famille ou hors de son cadre. Coups et blessures, violence, violence aggravée sur mineur... Ce sont des délits punis par la loi. Je ne vois pas la nécessité de faire un droit spécifique à cette histoire de fessée. Concernant les droits des enfants, tout existe déjà !
Mais vous êtes pour la fessée ?Franchement, ce n'est pas du tout le sujet en fait ! Je ne peux pas répondre à cette question parce que je ne sais pas ce que c'est que la fessée. C’est toujours différent et particulier, selon les situations, selon les parents et les enfants. Je pense très simplement que la violence ne règle rien, mais je ne pense pas non plus qu'expliquer à un enfant pendant une demi-heure pourquoi il n'a pas le droit de faire ci ou ça soit une bonne chose. Donc qu'est-ce que c'est que la fessée : de la violence physique ? Le jour ou elle sera interdite par la Loi, elle sera remplacée par quoi ? Le harcèlement moral ? La cruauté mentale a donc de beaux jours devant elle.
Qu'est-ce qui vous choque dans cette proposition ?La question est de savoir pourquoi on veut à tout prix faire intervenir la loi dans les affaires intimes. Je trouve essentiel de défendre la non-ingérence de l'Etat dans la sphère privée. Il y a un droit qui s'applique à tout le monde selon la situation. Un délit spécifique concernant la question de la fessée est un sujet délicat sinon inepte. Comment fait-on appliquer cela ? Quel est l'arsenal policier que l'on instaure derrière ? Délation des voisins, de l'école, des travailleurs sociaux que l'on va positionner en espions, numéro vert... Les enfants vont dénoncer leurs parents ? Émile Durkheim écrit dans Les règles de la méthode sociologique : « Nous appelons crime ce qui est puni. » Les causes n'apprennent rien sur le crime, il ne se définit que par le traitement dont il fait l'objet. Le législateur constitue le crime en tant que tel par un traitement social particulier : l'application d'une peine. Faire une loi sur la fessée, c'est criminaliser la fessée. Je me répète mais la fessée ça ne veut rien dire, tout dépend du contexte. Tuer en période de guerre, c'est « recommandé », en période de paix, c'est une autre affaire !
Qu'est ce que ça dit de notre société ?Légiférer là-dessus, c'est caractéristique d'une tendance assez dramatique à mon sens, mais bien réelle : les gens ne savent plus comment gérer leur différents, comment réguler leur vie privée. Ils sont très en demande de la Loi, qui fonctionne comme la dernière valeur refuge. Nos sociétés libérales s'engouffrent aujourd'hui dans un radicalisme de la démocratie : on dirait que les individus doivent être protégés de tout, même du collectif. L'effet pervers de cette tendance c'est une société avec des citoyens sous surveillance, et surtout avec des lois qui ne s'appliquent jamais ! Et puis, on ne cesse de dresser les parents contre les enfants. Les parents sont aujourd'hui enfermés dans une multitude d'injonctions angoissantes et souvent contradictoires. On déresponsabilise les gens, on les infantilise. Tout le monde se plaint de la dislocation du lien social, et ce genre d'initiative va dans le sens de cette dislocation. Toute ingérence de l'Etat dans la vie intime des citoyens va dans ce sens. Plus on renforce la surveillance des liens interfamiliaux, plus on fait en sorte que les gens se sentent déresponsabilisés.
Propos recueillis par Julie Montaudon.
Par François-Xavier Vial,
Professeur au lycée de La Vallée de Chevreuse
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On peut allumer des dizaines de bougies à partir d'une seule sans en abréger la vie. On ne diminue pas le bonheur en le partageant.Bouddha