Sarkozy reste ferme sur les boursiers dans les grandes écoles
il y a 5 heures 48 min
Le gouvernement se heurte à une fronde de la Conférence des grandes écoles (CGE), qui dénonce une démarche susceptible, selon elle, d'entraîner une baisse du niveau moyen des élèves et brandit le spectre de quotas.
"Je ne comprends pas les réticences qui se sont exprimées ces derniers jours sur le sujet", a déclaré le président de la République lors de ses voeux au monde de l'Education et de la Recherche, sur le campus d'un de ces établissements, l'Ecole supérieure d'électricité, à Gif-sur-Yvette (Essonne). "Je les trouve même invraisemblables et parfaitement déplacées."
Il a estimé que tout devait être, au contraire, mis en oeuvre pour montrer que ces établissements d'élite n'étaient pas réservés "à quelques initiés, à quelques enfants de la grande bourgeoisie" mais destinés à tout le monde.
Si le taux de boursiers est en moyenne de 22,9% dans les écoles d'ingénieurs, il n'est que de 11,03% dans la première d'entre elles, Polytechnique. Dans les écoles de commerce, la moyenne est de 20,7% et seulement de 12,3% à HEC ou à l'Essec.
Nicolas Sarkozy s'est félicité de ce que le taux de 30% de boursiers dans les classes préparatoires aux grandes écoles soit en passe d'être atteint "avec un an d'avance sur le calendrier".
"L'étape suivante est de parvenir à ce même taux, 30%, dans chaque grande école", a poursuivi le chef de l'Etat, qui a élargi cet objectif aux études de droit ou de médecine.
"La solution n'est évidemment pas l'instauration autoritaire de quotas de boursiers à l'entrée de chaque institution", a-t-il ajouté. "Je n'accepterai jamais un système où certains candidats seraient reçus à un concours pour la seule raison qu'ils sont boursiers - au détriment d'autres candidats plus méritants."
Il a plaidé pour une diversification des modes d'accès aux grandes écoles. Il a ainsi suggéré une augmentation du nombre de places dans les écoles d'ingénieurs, dans le cadre d'un concours spécifique, pour les bacheliers de la filière technologique, ou le développement des admissions parallèles pour les étudiants non issus de classes préparatoires.
"J'ATTENDS DES RÉSULTATS CONCRETS"
Il a demandé aux ministres de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et de l'Education, Valérie Pécresse et Luc Chatel, ainsi qu'au commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, Yazid Sabeg, d'engager dans les semaines à venir un dialogue avec l'ensemble des parties concernées.
"J'attends des résultats concrets et rapides", a souligné Nicolas Sarkozy. "Si on les a, le dialogue suffira. Si on ne les a pas, il faudra utiliser un autre moyen. Mais l'objectif de la diversité sociale pour nos élites, je ne peux pas y renoncer."
Il avait auparavant estimé que les grandes écoles françaises ne jouaient plus suffisamment leur rôle dans le renouvellement des élites et que les initiatives prises par certaines d'entre elles, comme Sciences Po Paris ou l'Essec, pour démocratiser leur recrutement, restaient isolées et insuffisantes.
"Cette situation ne peut plus durer. Nous devons ouvrir les meilleures formations aux plus talentueux, quels que soient leur lieu de naissance et leur origine sociale", a-t-il insisté.
"L'égalité des chances (...) c'est aussi l'identité de la France qui s'est toujours construite sur le talent de ses enfants et pas sur la couleur de leur peau ou le statut social de leurs parents", a-t-il ajouté, en plein débat contesté sur l'identité nationale française.
Il a estimé que les grandes écoles avaient tout à gagner à diversifier leur recrutement, car un pays qui recrute ses élites dans 10% de sa population est "un pays qui se prive de 90% de son intelligence".
Pour le reste, Nicolas Sarkozy a surtout dressé un bilan de son action, comme il l'a fait la semaine dernière lors de discours de voeux adressés à d'autres secteurs de la société.
Il a qualifié d'"absolument inébranlable" sa détermination à moderniser l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche en France - ce qui ne va pas sans provoquer des mouvements d'humeur - et promis que les moyens seraient au rendez-vous.
"Ça sera la réforme et les moyens", a déclaré Nicolas Sarkozy, qui a demandé aux enseignants, universitaires et chercheurs d'être "ouverts" et "audacieux" dans la réflexion sur leurs structures et de comprendre que les sectarismes et les querelles idéologiques n'avaient plus lieu d'être.
Emmanuel Jarry, édité par Sophie Louet
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