
Sur l'Eurostar qui vous amène de Paris à Londres, le menu dit "classic" - club sandwich + un quart de Vittel + chips - coûte 6 livres ou 8,20 euros, selon la devise dont vous disposez. Pour le transporteur, 1 livre vaut donc 1,36 euro. A croire qu'Eurostar n'est pas au courant des mésaventures monétaires et économiques de la Grande-Bretagne : depuis un an et demi, sous l'effet de la crise, la livre a considérablement baissé, pour représenter aujourd'hui 1,10 euro contre 1,50 euro à l'été 2007.
La compagnie de chemins de fer transmanche a pourtant bien dû se rendre compte que Londres, autrefois si chère, était redevenue intéressante pour ses clients français. La dégringolade de la livre sterling a donné un sacré coup de fouet à leur pouvoir d'achat britannique. Ajoutez à ça la récession qui touche notre voisin européen, la multitude de promotions et rabais en tout genre : en quelques mois, Londres est devenue une destination où l'on peut aller passer un week-end ou des vacances sans se ruiner. Voire en faisant de bonnes affaires.
"Profitez de la livre sterling et offrez-vous Londres et son shopping. Bénéficiez de tarifs jusqu'à 20 % moins chers qu'en France", vante Eurolines sur son site qui propose l'aller simple Paris-Londres à 19 euros. Au-delà des campagnes publicitaires diverses et variées sur les vertus du shopping à Londres, les faits sont bel et bien là. Une étude de l'Economist Intelligence Unit, publiée en mars, classe désormais la capitale britannique au 27e rang des villes les plus chères, alors qu'elle arrivait à la huitième place il y a six mois et à la troisième il y a un an. Tokyo, Osaka et Paris occupent les trois premières places.
"Il n'y a jamais eu de meilleure période pour visiter Londres", juge Boris Johnson, le maire de la capitale. Ce classement est établi à partir d'une liste de 160 prix, qui concernent aussi bien la nourriture que le taxi, les journaux ou encore les biens électroniques. Il ne tient pas compte du prix des logements.
Mais, là aussi, pragmatiques comme ils sont, les Britanniques ont nettement revu à la baisse leurs ambitions. Et les hôtels multiplient les offres alléchantes pour plusieurs nuits, ou couplées avec d'autres sorties. Même les plus chics s'y sont mis. Sur le site Lastminute.com, on pouvait réserver jusqu'à peu une nuit au Ritz, le 27 avril, accompagnée d'une soirée au Prince Edward Theatre, où se donne la comédie musicale Jersey Boys, pour 241,92 livres (267 €). Le prix de la chambre en temps normal varie de 250 £ à 390 £ et le spectacle Jersey Boys coûte au moins 70 livres.
Et comme décidément la vie est moins chère à Londres, les restaurants aussi s'y sont mis. Il faut dire que, depuis un an, ils ont été plus de 100 à avoir mis la clef sous la porte. Sur le site Toptable.co.uk, on trouve 292 restaurants qui offrent des rabais en tout genre. A midi, on peut prendre deux plats à L'Atelier, de Joël Robuchon, pour 19 £ (21 €). Au 1 Lombard Street, à deux pas de la Banque d'Angleterre, on propose un dîner de neuf plats pour 45 £ (50 €). Herbert Berger, le chef australien, plusieurs fois étoilé par le guide Michelin, offre une cuisine "moins coûteuse" qu'avant, "plus confort" en ces temps de crise économique. "C'est le retour du pot-au-feu et du fish cake", explique-t-il. "J'étais à Paris fin février. J'ai mangé dans deux restaurants et j'ai trouvé ça horriblement cher", ajoute le patron de l'établissement, Soren Jessen, un ancien banquier passé, entre autres, par Goldman Sachs et reconverti en restaurateur depuis onze ans.
"Sur les six à huit derniers mois, nous avons vu le nombre de touristes européens littéralement bondir", juge Jace Tyrell, de la New West End Company, qui représente les commerçants d'Oxford Street, Bond Street et Regent Street. "Promenez-vous sur Oxford Street un samedi et vous aurez l'impression d'être à Paris", ajoute Jace Tyrell. Pour le dépaysement, les Parisiens devront chercher une autre destination.
Virginie Malingre